Retour sur la réforme de 2023
La réforme des retraites promulguée en avril 2023 avait fait l'objet d'une mobilisation sociale inédite. Son mesure phare : le relèvement progressif de l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, à raison de 3 mois supplémentaires par génération. Elle prévoyait également l'accélération de l'allongement de la durée de cotisation requise pour le taux plein (43 ans dès 2027, dit « calendrier Touraine accéléré »).
Adoptée sans vote à l'Assemblée via l'article 49.3, la réforme n'avait jamais obtenu le soutien d'une majorité de parlementaires. Après la dissolution de juin 2024, les conditions politiques ont changé : aucune majorité n'existait plus pour la maintenir.
La suspension : ce qui a été décidé en décembre 2025
Dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, adopté définitivement le 16 décembre 2025, la suspension de la réforme a été actée. L'âge légal de départ évolue désormais selon un nouveau calendrier transitoire, et non plus selon la trajectoire de 2023.
Ces nouvelles dispositions s'appliquent aux retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Jusqu'à cette date, les règles actuellement en vigueur continuent de s'appliquer.
Concrètement : si vous partez à la retraite avant le 1er septembre 2026, les règles en vigueur aujourd'hui s'appliquent à vous. La suspension ne concerne que les départs postérieurs à cette date.
Quel âge légal s'applique à votre génération ?
Le nouveau calendrier distingue plusieurs cas selon votre année de naissance. Les générations nées entre 1964 et 1968 sont notamment concernées par un décalage de l'âge légal, y compris pour les dispositifs de carrière longue. Consultez le tableau mis à jour sur info-retraite.fr pour connaître précisément votre situation.
Pour les générations nées après 1968, l'âge légal et la durée de cotisation requise feront l'objet de nouvelles discussions avant 2028, date à laquelle le sujet sera remis sur la table — probablement après l'élection présidentielle de 2027.
Pourquoi la réforme a-t-elle été suspendue et non abrogée ?
La distinction est importante. Une abrogation totale aurait effacé toutes les dispositions de la réforme, y compris des mesures favorables comme la revalorisation des petites pensions ou l'amélioration des droits en cumul emploi-retraite. La suspension est plus chirurgicale : elle gèle les dispositions sur l'âge légal et la durée de cotisation, tout en préservant certaines avancées.
D'un point de vue financier, les institutions soulignent que le système reste structurellement déficitaire. La Cour des comptes projetait un déficit de 6,6 milliards d'euros dès 2025, qui pourrait atteindre 30 milliards en 2045 sans mesures correctrices.
Les mesures qui, elles, entrent bien en vigueur
La retraite progressive dès 60 ans (septembre 2026)
Fruit d'un accord national interprofessionnel signé à l'automne 2024, la retraite progressive sera accessible dès 60 ans à compter du 1er septembre 2026. Elle permet d'aménager sa fin de carrière : percevoir une fraction de sa retraite tout en continuant à travailler à temps réduit (entre 40 % et 80 % d'un temps plein), avec l'accord de l'employeur. Conditions : avoir 60 ans et avoir validé au moins 150 trimestres (37,5 années).
La revalorisation de +2,2 % en janvier 2025
Malgré les turbulences politiques, les pensions de retraite de base (CNAV, régime général, MSA) ont été revalorisées de +2,2 % au 1er janvier 2025, conformément à l'inflation 2024. Du côté des complémentaires, l'Agirc-Arrco a revalorisé son point de +1,6 % au 1er novembre 2024.
Ce que cela signifie pour les expatriés
Si vous avez cotisé en France et que vous résidez à l'étranger, les règles françaises s'appliquent à vos droits français de la même manière. La suspension concerne le calendrier de départ : si vous avez prévu de liquider votre retraite française après septembre 2026, vérifiez votre situation avec le nouveau calendrier en vigueur.
Pour les personnes ayant des carrières mixtes (France + étranger), la totalisation des périodes reste inchangée. Les conventions bilatérales ne sont pas affectées par cette évolution législative.
En résumé : ce qui change, ce qui reste
- L'âge légal évolue selon un nouveau calendrier transitoire pour les départs après septembre 2026
- La durée de cotisation requise pour le taux plein est également révisée
- La retraite progressive sera accessible dès 60 ans à partir de septembre 2026
- Les pensions ont été revalorisées de +2,2 % en janvier 2025
- Le débat de fond sur le financement du système reste ouvert jusqu'en 2028